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The Outsiders de Francis Ford Coppola

La filmographie de Coppola est facile à analyser : c’est un cinéaste qui change par décennie.

Je m’explique : après avoir lentement débuté dans les années 60, il a réalisé dans les années 70 ses plus grands chefs-d’?uvre (Le Parrain, Conversation secrète, Le Parrain II et Apocalypse Now), tenté de révolutionner le cinéma (Coup de c?ur, Rusty James) tout en voulant épargner sa société American Zoetrope de la faillite (Outsiders) dans les années 80 avant de sombrer, la décennie suivante, dans des films qui ne correspondaient plus à sa vision du monde mais était destiné à faire de l’argent au box-office (Le Parrain III, Dracula). The Outsiders vient donc se placer dans la décennie ambiguë, celle des années 80.

A l’époque, Coup de c?ur a été un échec très important, et Coppola doit donc faire un succès public pour continuer à rester dans la course. N’a-t-il jamais avoué lui-même avoir voulu faire un « Parrain pour les enfants » ?

Cependant, Coppola est toujours dans sa phase d’expérimentation. Il décidé donc réutiliser les techniques de tournage électronique expérimentées sur son film précédent.

Il engagea de jeunes acteurs inconnus et les sépara en deux groupes dans l’hôtel où ils logeaient : tandis que les interprètes des “Socs” (les jeunes bourgeois du film) occupaient les appartements luxueux et qu’il leur était distribué des exemplaires du scénario reliés de cuir, ceux des “Greasers” (les pauvres) étaient confinés au rez-de-chaussée, avec des pages volantes en guise de script.

Le cinéaste voulait ainsi créer une certaine tension entre eux, à l’instar de celle qui les oppose à l’image.

En définitive, la réalisation de Coppola est superbe, l’utilisation de la lumière et des couleurs qu’il fait faisant vraiment penser à des peintures vivantes.

Il y a également quelques plans étonnants, comme ceux où il utilise la profondeur de champ.

Mais où est le problème alors ? Peut-être dans le scénario. Adapté d’un roman de Susan Hinton, comme le sera la même année Rusty James, le film reste malgré tout presque enfantin.

Mais ce qui est étonnant, c’est que Coppola délaisse la sociologie, son domaine de prédilection, pour simplement raconter une histoire de bandes, presque comme dans La fureur de vivre.

Et alors que Rusty James brillait par son ambiance mélancolique, Outsiders regorge de pathos qui diminuent la portée du film.

On se dit que c’est pas possible, que Coppola ne peut réaliser un film moyen et un chef-d’?uvre la même année, avec le même matériel de base. Eh pourtant si, c’est le cas.

Le film est sensible, c’est vrai, mais hormis la réalisation on a pas l’impression de voir un Coppola, l’idée du tragique ayant disparu.

Quelque chose me laisse perplexe cependant ; en analysant bien le film, on peut se demander si Outsiders ne serait pas une réponse de Coppola à tous ses détracteurs, une métaphore sur sa situation d’artiste.

Il y a l’opposition entre les riches (les studios) et les pauvres (les cinéastes indépendants), et les bagarres sont fréquentes.

Pourtant, ce sont les pauvres qui l’emportent, sont les plus sympas, etc. mais on apprend, finalement, que se battre ne sert à rien.

Coppola justifierait-il ainsi ses collaborations avec les studios, ce qui du coup pourrait le décrédibiliser lorsqu’il prône un cinéma libéré d’Hollywood ? Le mystère reste entier.

Coppola a cependant le mérite de révéler, le temps de ce film, une pléiade de talents : Ralph Macchio (le futur Karaté Kid), C. Thomas Howell, Matt Dillon, Patrick Swayze, Emilio Estevez, Tom Cruise, Rob Lowe, Diane Lane et Tom Waits, rien que ça !

Coppola sera d’ailleurs salué pour sa direction d’acteur dans ce film, qui est en effet réussie et maîtrisée.

On regrettera donc que Coppola, ce génie, n’ai vu en Outsiders qu’une important possibilité économique (le livre fut un best-seller) et une légère possibilité artistique. Heureusement qu’il se donnera à fond pour le film suivant, Rusty James…

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